LES PHILOSOPHES ET LITTERATEURS GRECS 2011.03.11

LES PHILOSOPHES ET LITTERATEURS GRECS

Des pensées toujours d’actualité

Plusieurs milliers d’années nous séparent des philosophes Grecs, les enseignements
d’Aristote, de Xénophon, de Platon, d’Hérodote notamment sur l’économie, l’histoire et
la condition humaine sont toujours d’actualité. Petits portraits des grandes figures.

Les philosophes et littérateurs grecs est un thème vaste, tellement vaste que nous nous contenterons de quelques présentations sans prétention littéraire et portant sur un tout petit ensemble d’auteurs. Ce sont les plus représentatifs de la Grèce antique. Nous serions comblé si, suite á cette lecture, le lecteur se replongerai dans la « Guerre du Péloponnèse », le « Portrait de Périclè » ou, si, suivant son humeur ou la couleur du temps, à s’enflammer pour « Prométhée enchaîné » ou à se distraire des « Grenouilles ».

SOCRATE : « CONNAIS-TOI TOI-MEME »
La devise de Socrate est connue: « Уυωθίς εαυτον », mieux que sa philosophie qui ne nous est parvenue qu’imparfaitement et non sans contradictions, à travers les œuvres de Platon, de Xénophon et d’Aristote. Ce soldat, fils d’une sage-femme et du sculpteur Sophronisque, qui avait combattu bravement et même sauvé la vie d’Alcibiade, son élève, à la bataille de Potidée en 432, est né à Athènes en 470, y vécut toute sa vie et y mourut en 400 selon les uns, 399 selon d’autres. Elève d’Anaxagore et des sophistes, ce philosophe n’a rien écrit, passant le plus clair de son temps à se promener dans les gymnases ou les rues de sa ville et à participer à des banquets tout en philosophant ; il aime la discussion et il est ouvert au dialogue, les choses de la nature l’inquiètent peu ; ce qui l’intéresse, c’est l’homme auquel il fait confiance car « Nul n’est méchant volontairement ». C’est l’étude de l’homme, sur le plan moral, qui passionne celui qui « fit descendre la philosophie du ciel sur la terre ». Pour se connaître, il préconise le dialogue qui dégage la vérité commune à tous et qui implique l’ironie, supposée délivrer l’esprit de ses erreurs, et la Maïeutique grâce à laquelle l’homme découvre la vérité qu’il porte en lui. La « méthode Socrate », c’est d’abord l’induction qui part des observations les plus simples, conduit aux généralisations permettant la définition, c’est-à-dire la raison d’être des choses. Socrate est un philosophe du bon sens qui ne manque pas d’humour comme en témoigne cette réflexion : « Quelle sottise qu’une fève décide du choix d’un magistrat quand on ne tire pas au sort celui auquel on confie le gouvernement d’un bateau ». Ce sont peut-être des remarques comme celleci qui lui attireront bien des inimitiés, en particulier celle des populistes, des rhéteurs et des sophistes qui l’accuseront de blasphème et de corruption de la jeunesse. Pour se défendre, il s’assure l’assistance de Lysias, champion de l’éloquence judiciaire qui lui prépara une belle plaidoirie à laquelle Socrate n’eut finalement pas recours, préférant se laisser condamner. « La postérité prononcera entre mes Juges et moi », disait-il. Condamné, pendant les trente jours qui le séparaient de son exécution, il continuera à s’entretenir paisiblement avec ses amis.

DIOGENE : LE CYNISME COMME SAGESSE DE VIE
Diogène le Cynique, vit à Sinope en 413. A t’il rencontré Socrate ? C’est probable. En tout cas, comme lui, il n’a rien écrit et comme lui il ne manquait pas d’humour. Mais pourquoi « le Cynique » ? Parce qu’il fut le représentant d’un courant de pensée inspiré par Antisthène qui enseignait près du Cynosarge ; mais aussi parce que les philosophes de cette école étaient mordants à l’égard de toutes les conventions. Diogène n’enseignait-il pas que tout ce qui n’était pas mal en soi pourrait se faire dans la rue, comme à la maison. Ce philosophe, qui, en plein midi, cherchait un homme avec une lanterne, méprisait : religion, honneurs, richesse. Il habitait dans un tonneau et vivait pieds nus, vêtu d’une couverture ; outre sa besace et son bâton, il possédait une écuelle qu’il aurait jetée comme non indispensable parce qu’il avait vu un enfant boire dans le creux de sa main. Il était l’ennemi des philosophes spiritualistes, des métaphysiciens, des préjugés, du luxe et même de l’Art, en bref de tout ce qui n’était pas naturel. Il ne craignait personne, pas même Alexandre le Grand qui, lui demandant à Corinthe ce qu’il désirait, se serait entendu répondre : « Que tu t’ôtes de mon soleil ». Pour beaucoup et notamment pour Epictète, il est l’archétype du sage, dominant ses désirs et s’abandonnant aux instincts de la vie animale.

XENOPHON : LA FIDELITE A SOCRATE
Peut-on parler de Socrate sans associer à son nom celui du fidèle Xénophon, qui a popularisé la philosophie de son maître dans « l’Apologie de Socrate » ou le « Banquet ». Plus historien que philosophe, il écrira des récits historiques (« Agésilas », « Les Helléniques »), ou un roman historico philosophique, la « Cyropédie » dont le parti pris est la vie de Cyrus le Grand. Mais c’est par ses mémoires militaires, et surtout par « L’Anabase » qu’il est connu des lycéens hellénistes français. L’Anabase relate la retraite des mercenaires grecs, les 10 000, à travers les montagnes d’Arménie après la mort de Cyrus le Jeune à la bataille de Cunaxa. Après la chute des chefs dans un guetapens il fut l’un des généraux qui sauva l’armée. Sa vie est agitée. Soldat d’occasion, il suivit Cyrus le jeune, puis Agesilas, roi de Sparte ; il combattit même contre Athènes, à Coronée, ce qui lui valut l’exil et la confiscation de ses biens. Accueilli par Sparte, reconnaissante, il lui fut offert un domaine près d’Olympie. Il y vivra 20 ans avec sa famille, écrivant et chassant. Tout l’intéresse : l’économie politique, l’économie domestique, l’équitation, les finances. Il dresse une apologie de Sparte, dans « La République des Lacédémoniens » ; dans « Hiéron », tyran de Syracuse, il définit les obligations d’un chef politique dont le bonheur doit se confondre avec celui de ses sujets. La guerre de Sparte contre Elié le chassa de son beau domaine de Scillante. Athènes lui fit justice et leva le décret d’exil. Y revint-il ? Nul ne se souvient où il mourut.

LES DEUX ZENON
La Grèce nous a donné deux Zénon, l’un et l’autre philosophe, mais sans parenté aucune.
* L’aîné, Zénon d’Elée serait né entre 490 et 485 ; il s’est appliqué à démontrer que le mouvement n’a pas de réalité, qu’il est une illusion. Il ne convainquit pas Diogène qui se présenta devant lui … en marchant. Zénon d’Elée est le champion du raisonnement par l’absurde et par les paradoxes. Les deux paradoxes les plus célèbres sont ceux :
– d’Achille et de la Tortue qui veut qu’Achille ne puisse jamais rattraper l’avance prise sur lui par la tortue ;
– et de la Flèche qui vole mais qui est cependant immobile puisque à chaque instant elle est en un point défini, c’est-à-dire au repos. De ses œuvres, il ne subsiste que peu de choses. Mais ses raisonnements, pour surprenants qu’ils soient, ont intéressé les philosophes et les physiciens de tous les temps.
* Le plus jeune, Zénon de Kition ou de Chypre est le véritable fondateur de l’Ecole Stoïque du Portique Poecile (d’où le nom d’Ecole stoïcienne ou Ecole du Portique) sous lequel il enseignait. Ses ouvrages ne nous sont connus que grâce aux travaux de Diogène Laërce (historien et philosophe grec du III ème siècle de notre ère) qui évoque notamment sa « République » et ses « Traités de vie selon la nature ». Son précepte fameux, si l’on en croit Diogène de Laërte était « Vivre conformément à la nature » (ομοχοφουμευως τή φυσει Ζήν)

ARISTOCLES, PLUS CONNU SOUS LE NOM DE PLATON
Etait-il vraiment, comme le veut la légende, un descendant du Dieu Neptune, par Codras, dernier Roi d’Athènes dont le prestige était tel qu’après sa mort la royauté fut abolie, nul n’étant capable de lui succéder… ? Rien n’est moins sur. Il eut en tout cas la bonne fortune de rencontrer Socrate qui lui transmis son savoir pendant près de 10 ans. Aristoclès, car tel est son nom, surnommé Platon, c’est-à-dire « Large », bénéficia d’une éducation raffinée qui lui aurait permis, une fois encore selon la légende, d’être couronné aux jeux olympiques et aux jeux isthmiques. Fort en mathématiques, on lui devrait la méthode analytique et la théorie des sections coniques. Grand voyageur, spécialement attiré par la Sicile où il fit deux séjours près de Denis l’ancien et de son fils Denis le jeune, Platon y rencontra sans doute Archytas de Tarente, philosophe Pythagoricien, astronome, mathématicien, politicien grec qui inventa la vis, la poulie et qui aurait construit de nombreux automates dont un pigeon volant. En 389, à 41 ans, il fonda l’Académie ainsi nommée parce que le Maître enseignait dans les Jardins de l’Académus. Il y écrivit ses dialogues, dont Socrate est le principal interlocuteur. Il est convenu de distinguer : les dialogues socratiques (« L’Apologie de Socrate », « Cridon », « Phédon »), les dialogues politiques (« Les lois », « La République »), les dialogues métaphysiques et les dialogues esthétiques (« Phèdre », « Le Banquet »). Disciple fidèle de Socrate, il préféra s’exiler près d’Euclide le Socratique, fondateur de l’Ecole Philosophique de Mégare, après que son maître eut bu la ciguë. Ses rapports avec Diogène le cynique furent difficiles. Ne dit-on pas que Platon, ayant défini l’homme comme « un animal à deux pieds sans plume », le philosophe au tonneau lui présenta publiquement un coq plumé en s’écriant « Voilà l’homme de Platon ». Philosophe spiritualiste, sa méthode est la dialectique. En définissant des concepts, partant des apparences changeantes, elle lui permet de dégager des « Idées » qui forment une hiérarchie au sommet de laquelle trône le Bien – qui est, en fait, Dieu – de sorte que la fin de l’homme est de ressembler à Dieu. Célibataire endurci, Platon mourut presque octogénaire, mais ses « Idées » lui survécurent et furent à l’origine d’un courant de pensée qui porte le nom de Platonisme. Le néo platonisme, philosophie mystique fondée au IIème siècle de notre ère, à Alexandrie par Ammonios Saccas, gagna Rome, la Grèce, la Syrie grâce notamment à Plotin et Origène.

ARISTOTE : MORALE, EDUCATION ET POLITIQUE
Disciple favori du Maître, Aristote le Stagirite (né à Stagire en 384) suivit Platon pendant 20 ans. Il nourrissait pour lui une vénération qu’il concrétisa dans la maxime « Amicus Socrates, Amicus Plato, magis amica ventis ». Après la mort du Grand Philosophe, il se retira chez Hermias d’Atarnée, dont il épousa la sœur. Après l’assassinat d’Hermias par Artaxerès II, il se retira à Lesbo, avant de devenir précepteur d’Alexandre le Grand 12 ans durant. Il revint à Athènes pour y fonder le Lycée, école dite également « Péripatéticienne », parce qu’il y enseignait en se promenant. Il y composa ses œuvres principales, des traités de morale (« Ethique à Nicomaque », « Ethique à Eudème » …), de politique (« Consitution d’Athènes ») et de critique littéraire, (« Rhétorique », « Poétique » …) ; mais surtout les six traités de logique réunis sous le titre « Organon » (les « Analytiques », les « Catégories » etc.). N’oublions pas ses études de physique et de sciences naturelles. Rien ne lui est étranger. Considéré comme le père de l’anatomie et de la physiologie, il se piqua d’histoire naturelle à la cour d’Alexandre le Grand. Au cours de ses nombreux voyages, il glana des renseignements sur les animaux qui lui permirent d’écrire « L’Histoire des animaux », œuvre considérable qui ne nous est parvenue que par fragments. On lui reconnaît d’avoir établi une classification des animaux par groupes naturels que la science actuelle ne rejette pas totalement. Cependant pour Aristote, l’Homme reste le « Roi de la création ».

HERACLITE : AU SOURCE DE LA DIALECTIQUE MODERNE
« Rien n’est, tout devient, Tout se meure, tout s’écroule Tout devient tout, tout est tout » Ce qui intéresse Héraclite, c’est le devenir des êtres et des choses. Né à Ephèse en 578, surnommé « L’Obscur », il se rattache à l’école des philosophes ioniens qui explique le monde par un des quatre éléments. Pour Héraclite, le principe vivant, c’est le feu. Atrabilaire, solitaire, réputé suffisant, sa pensée est quelque peu énigmatique. Elle ne nous est connue que par les allusions ou les références qu’en ont fait les philosophes modernes. D’aucuns le considèrent comme le père de la pensée dialectique contemporaine ; il a marqué la pensée d’Hegel. Sa philosophie matérialiste de « l’éternel devenir » s’opposa à celle de Parménide, chantre de l’unité de l’être, père de l’ontologie moderne.

REHABILITER EPICURE
« Hôte, ici tu seras heureux, le souverain bien y est la volupté ». Cette inscription figurait, dit-on, au frontispice de l’Ecole du Jardin qu’Epicure (341) ouvrit à Athènes, après avoir enseigné la grammaire à Samos. Il opta pour le célibat, se satisfaisant de la compagnie de ses amis. De santé fragile, il se contentait des « plaisirs de l’âme », affirmant malgré tout que la vie était belle et bonne. Il pourfendit religion et superstition. Il enseignait une philosophie douce à même de procurer la paix de l’esprit et qu’il résumait ainsi : « se suffire à soi-même et se contenter de peu ». Le Bien suprême est le plaisir ; mais pour autant le plaisir vanté par ce philosophe, qui se qualifiait luimême de « sage », était des plus simples : « mon corps est saturé de plaisir quand j’ai du pain et de l’eau ». Il aurait beaucoup écrit, plus de 300 volumes, croit-on. Il n’en reste que peu de choses, si ce n’est la « Lettre à Pitoclès sur les météores » (probablement apocryphe) et peut-être la « Lettre à Ménécée sur la morale ». Mais la doctrine du Jardin, s’est répandue dans tout le bassin méditerranée, grâce au poète latin Lucrèce, auteur immortel du « De Natura Rerum » et à Diogène Laërce qui dans ses « Vies doctrines et sentences des philosophes illustres » a diffusé les fameuses lettres d’Epicure. Les Athéniens lui élevèrent des statues. L’hédonisme perdure.

EPICTETE : POUR UN VERITABLE ART DE VIVRE
Du Ier siècle de l’ère chrétienne, bien différent est Epictète, philosophe stoïcien emmené à Rome enfant pour devenir l’esclave d’un certain Epaphrodite, lui-même affranchi de Néron. Un jour où son maître lui tordait la jambe, il lui dit tranquillement : « Tu vas me la casser », ce qui fut et conclut tout aussi tranquillement : « Ne te l’avais-je pas dit ? » « Supporte et abstiens-toi Vivre conformément à la nature Ce sera vivre conformément à la raison. L’être impassible sera heureux Sera libéré, sera tout puissant, Sera parfait » Voici quelques unes des maximes de ce stoïcien qui, affranchi lui-même, enseigna à Rome avant d’être banni par Domitien qui détestait les intellectuels. Il n’a rien écrit, mais a laissé des disciples et particulièrement un certain Flavius Arianus qui publia son enseignement : « Les Entretiens ou Conversations d’Epictète ».

DEMOSTHENE : COMMENT UN BEGUE DEVINT MAITRE DE L’ART ORATOIRE
Si l’art oratoire à Rome, c’est Cicéron, à Athènes c’est Démosthène (384). Sa jeunesse semble avoir été difficile. Il dut soutenir des procès contre ses trois tuteurs pour obtenir partiellement la restitution de la fortune qu’ils avaient dilapidée. Il lutta contre sa timidité et son bégaiement, se forçant à réciter la bouche pleine de cailloux ou à déclamer sous une épée nue pour corriger ses mauvaises attitudes corporelles. Grâce aux enseignements d’Isée, avocat et maître de rhétorique, il devint un prestigieux logographe à la vie incroyablement tourmentée. Son talent oratoire lui donna accès à l’Assemblée et lui permit d’entrer en politique. Adversaire de Sparte et démocrate, ses premiers plaidoyers concernent déjà la « Res Publica », la chose publique (« Contre Andration », « Contre Timocrate »). A partir de 354, il se tourna résolument vers la politique et prononça discours et harangues (« Contre la loi de Leptine », « Sur les Symmories », « Pour les Mégalopitains »…) En 351, il prononça sa première « Philippique », suivi d’une deuxième, puis d’une troisième. En 349, cherchant à attiser l’ire des Athéniens contre Philippe qui a attaqué Olynthe, il fustigea la mollesse et le laxisme de ses contemporains dans les « trois Olynthiennes ». Il occupe une partie de sa vie publique à s’opposer à un autre orateur athénien, Eschine, qu’il accuse d’avoir trahi la cause de sa patrie dans les ambassades qui avaient conduit à la paix de Philocrate en 346. Il lui intente le procès dit des « Ambassades ». Eschine fut acquitté et contreattaqua dans son discours « Contre Ctésiphon », ami et client de Démosthène qui avait proposé de décerner une couronne à ce dernier. Démosthène poursuivit Eschine pour calomnie et prononça à cette occasion sa plus belle plaidoirie faisant l’éloge de la démocratie athénienne « Sur la couronne ». Lui-même accusé de concussion, Démosthène dut se défendre dans le célèbre procès « d’Harpale ». Son confrère Dinarque prononça à cette occasion trois discours restés célèbres « Contre Démosthène ». Condamné à une amende qu’il ne put payer et emprisonné, Démosthène s’évada, mais revint l’année suivante en triomphateur … pour peu de temps. Il tenta de soulever les Athéniens contre Antipatros, lieutenant d’Alexandre, qui les avaient soumis. Condamné à mort, il s’exila dans l’île de Calaurie et, pour échapper aux mercenaires d’Antipatros, il s’empoisonna dans le Temple de Poséidon. Il y gagna la réputation d’un grand patriote, associée à celle d’orateur et d’avocat ayant porté l’art oratoire à la perfection. Il nous a laissé une soixantaine de discours, des exordes et quelques lettres

AVEC DENYS D’HALLICARNASSE : … SURTOUT L’HISTOIRE
Il ne serait pas juste d’évoquer Démosthène sans mentionner Denys d’Hallicarnasse, critique littéraire et historien qui enseigna à Rome la Rhétorique et l’Histoire. Il écrivit des « Jugements sur les anciens orateurs grecs » et une « Dissertation sur l’éloquence de Démosthène » qu’il place au sommet de l’éloquence Attique, partageant en cela l’opinion de Cicéron. On lui doit de nombreux ouvrages critiques, tels le « Style de Thucydide » ou les « Jugements sur le rangement des mots » et un important travail d’historien : les 20 livres de ses « Antiquités romaines », dont 11 nous sont parvenus et présentent un grand intérêt pour la connaissance des débuts de Rome.

L’ECOLE D’ELOQUENCE D’ISOCRATE
Isocrate (436) est comme Démosthène jeune, un timide. Il n’en devint pas moins un grand avocat et ouvrit une Ecole d’éloquence, célèbre dans toute la Grèce. Il était particulièrement attaché à la période et au rythme de la phrase. Lycurgue et Xénophon furent ses élèves. Nous connaissons de lui une vingtaine de discours, dont six plaidoiries judiciaires ; plusieurs autres sont des plaidoiries non prononcées mais qui servirent de modèles à ses élèves. Certains de ses discours sont politiques tels le « Discours sur la Paix », dans lequel il incite les peuples de Grèce à s’allier contre les Barbares ou le Discours à « Philippe » qui engage le roi de Macédoine à réunir les Grecs pour lutter contre les Perses. Après la défaite de Chéronée, presque centenaire, il se laissa mourir de faim.

PLUTARQUE : SIMPLICITE, PURETE, SERENITE
Faut-il le classer parmi les philosophes moralistes, ou les historiens ? Au Ier siècle de notre ère, Plutarque, disciple de Platon, naît en Béotie, région réputée à Athènes pour le manque de finesse et de goût de ses habitants. Grand voyageur, il visita l’Egypte, l’Italie, se rendit plusieurs fois à Rome où il donna des conférences. Eclectique, il s’intéresse à tout : la philosophie, l’histoire, la morale, la politique (il fut archonte de Chéronée, sa ville natale), la religion (il fut Prêtre d’Apollon à Delphes). Il croit à l’immortalité de l’âme, à la justice divine, aux vertus familiales. Sa morale est simple : bon sens, piété, modération. Ses œuvres sont regroupées en deux collections : les « Vies des Hommes illustres » comportant 46 biographies regroupées par deux, artifice qui répond à la préoccupation de l’auteur d’opposer Rome à la Grèce, et les « Œuvres morales », ensemble de recueils très divers présentés souvent sous la forme des dialogues platoniciens (« Préceptes de Santé », « Manière de supprimer la colère », « Propos de table », « Eroticos », « Le Démon de Socrate »), ou encore des traités philosophiques (« Contre la maxime qu’il faut cacher sa vie », « Les Contradictions des Stoïciens »…). La morale, la famille, la société ont été pour lui sources de réflexion (« L’affection des frères », les « Moyens de distinguer le flatteur d’un ami » ). Il a aussi fait œuvre de critique littéraire. Mais sa célébrité, il la doit surtout à ses « Vies » qui furent admirées par de grands littérateurs : Montaigne, Montesquieu, Jean-Jacques Rousseau pour ne citer qu’eux. « Père de l’Histoire » est le titre glorieux que lui a décerné Cicéron, un de ses admirateurs.

L’HISTOIRE SELON HERODOTE
Hérodote (484-425) quitta jeune sa ville d’Halicarnasse, suivant sa famille, aristocratique et aisée, en exil à Samos, pour y revenir participer à une insurrection qui chassa du pouvoir le tyran Lygdamis II. Il ne s’y attarda pas et s’installa, un temps, à Athènes, la ville qu’il admirait entre toutes. Aventurier, il parcourut l’Asie, l’Afrique, l’Europe, remonta le Nil jusqu’à Eléphantine (Assouan), arpenta la Susiane, la Cyrénaïque, Chypre et se joignit aux colons grecs qui fondèrent Thurium, en Calabre. Il y mourut et son tombeau fut édifié sur l’Agora. Ami de Périclès et de Sophocle, il profita de ses pérégrinations pour visiter sanctuaires et champs de bataille et amasser des matériaux propres à la rédaction de ses « Histoires ». Celles-ci comportent 9 livres, tous dédiés à une muse. Elles constituent une mine inépuisable de renseignements car Hérodote a le souci de toujours s’informer avec soin de la géographie des pays qu’il évoque, des pratiques et des mœurs des nations. C’est non seulement un grand conteur, mais aussi un historien scrupuleux cherchant toujours à comprendre et à expliquer les événements par la psychologie des peuples et la géographie, même s’il se montre toujours persuadé de la supériorité d’Athènes. Il écrivit aussi des « Récits Assyriens » qui n’ont malheureusement pu être retrouvés. Sa spécialité, ce sont les guerres médiques. La légende veut qu’à Olympie, il ait publiquement lu l’intégralité de ses « Histoires ». Mais ce n’est peut-être qu’une légende…

THUCYDIDE : UN HISTORIEN PHILOSOPHE POUR DECRYPTER LE MONDE
Descendant d’une maison princière de la Thrace, riche propriétaire de grands domaines et même, selon certains, de mines d’or, c’est l’historien par excellence. Thucydide (470-395) fut l’élève d’Anaxagore. Ce philosophe de l’Ecole Ionienne professait que toute chose est composée d’une infinité d’éléments et, comme biologiste, il aurait pratiqué des dissections. Thucydide aurait pleuré d’admiration en écoutant Hérodote lire en public ses « Histoires ». Il fut « stratège » et même amiral malheureux d’une flotte chargée de protéger la Thrace. Il ne réussit pas à défendre Amphipolis contre le chef spartiate Brasidias, ce qui lui valut une condamnation à mort dont il évita l’exécution par l’exil. Il en profita pour voyager et écrire son « Histoire ». Il rentra 20 ans plus tard à Athènes où il fut assassiné par ses ennemis politiques, à moins que ce ne soit par de simples brigands. On ne lui doit qu’un seul ouvrage, inachevé, divisé en 8 livres : « L’Histoire de la guerre du Péloponnèse ». Il a renouvelé le genre historique. Il ne se contente pas de raconter. C’est un scrupuleux, il recherche les causes, il étudie la psychologie des peuples, il examine les faits avec esprit critique, dans un style précis et sobre, sur un rythme d’écriture lent. Il se veut impartial. Ses chefs-d’œuvre reconnus sont L’oraison funèbre de Périclès et Le récit du siège de Platées. Sa conception de l’existence est pessimiste, tant il est persuadé que l’intérêt seul mène le monde au détriment de la morale.

THUCYDIDE : UN HISTORIEN PHILOSOPHE POUR DECRYPTER LE MONDE
Descendant d’une maison princière de la Thrace, riche propriétaire de grands domaines et même, selon certains, de mines d’or, c’est l’historien par excellence. Thucydide (470-395) fut l’élève d’Anaxagore. Ce philosophe de l’Ecole Ionienne professait que toute chose est composée d’une infinité d’éléments et, comme biologiste, il aurait pratiqué des dissections. Thucydide aurait pleuré d’admiration en écoutant Hérodote lire en public ses « Histoires ». Il fut « stratège » et même amiral malheureux d’une flotte chargée de protéger la Thrace. Il ne réussit pas à défendre Amphipolis contre le chef spartiate Brasidias, ce qui lui valut une condamnation à mort dont il évita l’exécution par l’exil. Il en profita pour voyager et écrire son « Histoire ». Il rentra 20 ans plus tard à Athènes où il fut assassiné par ses ennemis politiques, à moins que ce ne soit par de simples brigands. On ne lui doit qu’un seul ouvrage, inachevé, divisé en 8 livres : « L’Histoire de la guerre du Péloponnèse ». Il a renouvelé le genre historique. Il ne se contente pas de raconter. C’est un scrupuleux, il recherche les causes, il étudie la psychologie des peuples, il examine les faits avec esprit critique, dans un style précis et sobre, sur un rythme d’écriture lent. Il se veut impartial. Ses chefs-d’œuvre reconnus sont L’oraison funèbre de Périclès et Le récit du siège de Platées. Sa conception de l’existence est pessimiste, tant il est persuadé que l’intérêt seul mène le monde au détriment de la morale.

HOMERE : LE POETE DES EPOPEES
Sept villes au moins se disputent l’honneur d’avoir vu naître celui que le monde a toujours considéré comme le plus illustre des poètes grecs. Si l’on en croit Hérodote, Smyrne tiendrait la corde… Mais, Homère (qui selon certains signifierait « Aveugle », selon d’autres « Otage ») a-t-il réellement existé ? Cette question homérique demeure toujours sans réponse, mais il est certain que pour les Grecs de tous les temps, il est le « Grand Poète Epique national ». On lui attribue l’Iliade et l’Odyssée, mais les spécialistes sont convaincus que les deux fresques ne sont pas du même auteur. L’Odyssée est représentative d’une civilisation plus récente, la religion n’est pas la même et les mœurs sont différentes ; * L’Iliade a pour sujet la colère d’Achille et sa conséquence première, la Guerre de Troie qui dura 10 ans. Les personnages, du côté grec, en sont Achille, Ulysse, Ajax, Agamemnon, et chez les Troyens Hector, Priam, Hélène, Andromaque. L’œuvre fourmille de portraits, descriptions, de scènes grandioses. Elle est animée, familière, sans prétention, poétique et émouvante, tels les adieux d’Hector à Andromaque. * Le prétexte de l’Odyssée, poème épique en 24 chants, est le retour d’Ulysse dans sa patrie, à la fin de la Guerre de Troie. Le héros n’apparaît pas dans les 4 premiers livres que l’on appelle la « Télémachie ». Lorsque Ulysse entre en scène, il retourne chez lui, déguisé en mendiant et raconte ses aventures. Il subit des rebuffades, mais in fine, se venge avec l’aide de Télémaque. Il s’agit d’un merveilleux roman d’aventures, de récits et de voyages féeriques mettant en scène des personnages rusés, habiles et éloquents. Dante désigna Homère comme le « Seigneur du Chant ». Rien n’est plus vrai !

SOPHOCLE : L’EXCELLENCE DE LA DRAMATURGIE HELLENE
Sophocle, contemporain de Périclès l’Olympien, dont il fut l’ami, vit le jour à Athènes. Très jeune, il s’intéressa à l’art lyrique, à la poésie, à la musique ce qui ne l’empêcha pas d’être lutteur. Il occupa des fonctions publiques et fut élu stratège à deux reprises. Sa gloire, c’est le théâtre. Auteur, il ne dédaignait pas d’interpréter lui-même ses œuvres. Il a exercé sa technique dramatique, que l’on s’accorde à juger parfaite, dans 119 pièces dont seulement 7 nous sont parvenues complètes : « Ajax », « Electre », « Antigone », « Œdipe roi », « Trachiniennes », « Philoctèle », « Œdipe à Coloné ». Œdipe, meurtrier de Laïos dont il ignore être le fils, et sa sœur Antigone, symbole de la révolte contre la raison d’état, ont popularisé cet immense tragédien. Avec ses amis Socrate, Périclès et Phidias constructeur de l’Acropole, il forme un cercle d’intellectuels, le fameux Cercle d’Aspasie, du nom de la célèbre maîtresse de Périclès. Ses vieux jours furent attristés par des démêlés familiaux avec ses enfants, notamment Iothon, poète tragique avec qui il eut un procès célèbre où il dut prouver son absence de démence sénile, et Ariston également tragédien, qu’il eut de Théoris, courtisane de Syracuse. Sur sa tombe est gravée une sirène, emblème de sa poésie.

ESCHYLLE : LE PERE DE LA TRAGEDIE GRECQUE
Il eut un rival Eschylle (525-456), frère de Cynégire, héros de Marathon. Issu d’une famille noble, il partagea sa vie entre Athènes et Syracuse. Il aurait composé 90 pièces, groupées pour la plupart, selon la mode, en tétralogies ; sept seulement ont passé l’épreuve du temps parmi lesquelles on retiendra les « Perses » qui chante la victoire de Salamine, « Prométhée enchaîné » dédié à la liberté de l’homme et la trilogie d’Oreste. Considéré comme le père de la tragédie grecque, il adjoint au chœur le drame théâtral à plusieurs personnages. Tragédien, il fut aussi un poète original, imaginatif et profondément religieux. Sa tombe à Gela devint, pour les Grecs, un lieu de pèlerinage et un buste à son effigie fut érigé au théâtre d’Athènes.

EURIPIDE L’INCOMPRIS
Euripide naquit à Salamine, le jour de la bataille du même nom en 480. De sa vie, l’on sait peu de chose. Pour les uns son père était noble, pour d’autres taverniers. Il étudie la peinture et aurait été athlète … Il se méfiait des femmes ; ses deux mariages ne l’auraient pas convaincu. Ses contemporains lui reprochaient son scepticisme, son impiété, sans doute parce qu’il excellait à mettre en scène des hommes avec leurs faiblesses et leurs passions, plutôt que des héros. On lui accorde 92 pièces (presque toutes en tétralogies) dont 19 seulement nous sont parvenues dans leur intégralité ; citons « Alceste », « Médée », « Iphigénie en Tauride », « Iphigénie en Aulis », « Andromaque », « Hélène » … Comparées à celles de Sophocle ou d’Eschylle, ses tragédies se caractérisent par l’importance donnée aux costumes et à la mise en scène, ce qui lui valut d’être taxé d’abus de pathétique. A la fin de sa vie, il fut accueilli à la cour d’Archlaos, roi de Macédoine. Il mourut de mort violente … tué par des femmes ou … dévoré par des chiens. Sa gloire fut posthume. Il a inspiré Corneille, mais surtout Racine.

ARISTOPHANE : PAMPHLETAIRE ET ANTI-CONFORMISTE
Athènes n’a pas nourri que des tragédiens. Il y eut aussi des comédiens, le plus célèbre fut certainement Aristophane (450-380), généralement considéré comme l’initiateur de la comédie grecque. Il a composé 54 comédies, satires sociales, pamphlets politiques. Aristophane méprise la religion, les convenances, les idées toutes faites, la démagogie, les juges etc. Il prône la paix et la sagesse, souvent avec grossièreté, en tout cas avec un non-conformisme certain mais toujours avec verve. Ses œuvres les plus connues sont les « Archaniens » et la « Paix » qui combattent le parti belliciste, « les Guêpes » où il attaque les juges, les « Nuées » qui raillent Socrate, les « Oiseaux », « Lysistrita » Athénienne qui réunit toutes les femmes de l’Attique et leur fait prêter serment de se refuser à leur mari jusqu’à ce que la paix soit conclue entre Athènes et Sparte, « les « Grenouilles », etc.

THEOCRITE : LE MAITRE DES IDYLLES & DE L’AMOUR
Poète bucolique, d’une remarquable sensibilité, il fut, dit-on, l’inspirateur de Virgile, mais aussi d’André Chénier et des Parnassiens. Théocrite, grec de Syracuse, vécu sa jeunesse en Sicile puis plus tard en Italie méridionale. Il s’installa à Alexandrie, à la cour du roi Ptolémée Philadelphe auquel il consacra, en 267, son « Hymne à Philadelphe ». Eclectique, il ne se contenta pas du monde merveilleux des bergers de ses « Idylles » ; il écrivit des épigrammes, des récits épiques (« Hylos », les « Dioscures », « Héraclès enfant », « Héraclès tueur de lions ») de même que les « Bacchantes ». Il est aussi connu pour ses chansons d’amour (« Le Chevrier », « La Magicienne ») et également pour ses mimes dialogués (« Cyniska », les « Syracusaines » …) Un artiste, inventeur du genre pastoral, mais aussi peintre de la vie rustique et populaire. On l’a vu, au travers de ces portraits, l’hellénisme a établi, dans une conscience philosophique et politique toujours d’actualité, l’éminence de la Dignité de la personne humaine, notamment avec la notion des « lois non écrites », celles qui – comme l’écrivit René Grousset, « obligent l’Antigone de Sophocle au même titre que le Socrate du Criton ». Mais surtout avec les grecs : l’homme s’est profondément humanisé ; les relations au sein de la société ont été débattues, codifiées, même si elles sont restées au plan de la Cité sans pouvoir s’élever à la notion de Patrie commune ; la spontanéité créatrice de l’homme a été libérée ; la rencontre avec le génie oriental synthétisée dans le syncrétisme alexandrin… La pensée et la littérature grecque ont fait, indubitablement, l’éducation du monde occidental ; elles ont produit des œuvres à ne point oublier, et mieux encore, à réhabiliter, surtout aujourd’hui ou la Grèce est jetée en pâture aux incultes comme le pire des bandits.

Jean-Matthieu Gosselin